Szpiro : une borne plus fine pour les courbes elliptiques

Relier la complexité d’une courbe à ses mauvais nombres premiers : Hector Pasten améliore une borne générale, sans hypothèse de Riemann généralisée.

Hector PastenPapier original ↗

Deux vitesses de croissance
Comparaison des fonctions log N et log log N, pour N de 10² à 10¹⁸. Les constantes des bornes ne sont pas représentées.
À retenirLe facteur log N devient log log N. Une amélioration inconditionnelle, encore loin de l’échelle logarithmique attendue.

Le problème, en une minute

Une même équation peut être étudiée avec des nombres rationnels, puis « réduite modulo p ». Selon le nombre premier choisi, sa géométrie reste régulière ou se dégrade. Pour une courbe elliptique, deux entiers enregistrent cette histoire : le discriminant minimal et le conducteur.

L’enjeu est de contrôler le premier à partir du second. Une liste de mauvais premiers ne raconte pas immédiatement l’intensité de chaque mauvaise réduction. Une inégalité uniforme impose une contrainte globale à cette disparité.

Une image utile est celle de deux relevés portant sur les mêmes événements : l’un enregistre une mesure de leur gravité, l’autre une information locale de ramification. Comparer les deux demande une contrainte arithmétique, au-delà de la simple liste des nombres premiers concernés.

Ce que le papier annonce

Énoncé

Pour toute courbe elliptique sur Q\mathbb Q, Hector Pasten obtient

logΔNloglogN.\log\Delta\ll N\log\log N.

Dans le cas semi-stable, la borne devient logΔN\log\Delta\ll N. Les constantes sont absolues dans ces deux formulations.

La première estimation était auparavant connue sous GRH. Ici, cette hypothèse disparaît. Voir les corollaires 1.2–1.3 et l’inégalité (1.1) du papier, version 1.

Ce qui change par rapport à la borne précédente

La nouveauté comporte deux aspects : un facteur logarithmique plus petit dans une borne valable pour toutes les courbes elliptiques sur les rationnels, et la disparition de GRH dans ce résultat. Une hypothèse auxiliaire aussi forte ne devient pas vraie : le nouvel argument permet de s’en passer.

Il faut distinguer cette portée générale des résultats valables pour des familles particulières. Une estimation plus forte sur une famille restreinte ne remplace pas automatiquement une estimation générale.

Comment lire le gain

Comparer des majorants demande de conserver la même quantité à gauche. Ici, on borne le logarithme de Δ\Delta, pas Δ\Delta lui-même. Exponentier logΔCN\log\Delta\leq C N donne ΔeCN\Delta\leq e^{CN} : ce n’est toujours pas une borne polynomiale en NN.

Le passage de NlogNN\log N à NloglogNN\log\log N est un gain multiplicatif de l’ordre de logN/loglogN\log N/\log\log N. Ce rapport tend vers l’infini ; le progrès est donc asymptotiquement réel, même si les constantes ne sont pas comparées ici.

Pour visualiser la comparaison, on peut d’abord diviser les deux fonctions par NN : restent logN\log N et loglogN\log\log N. À N=106N=10^6, ces facteurs valent environ 13,8213{,}82 et 2,632{,}63. Leur rapport est proche de 5,265{,}26. Ce calcul porte sur les fonctions, sans les constantes des théorèmes : il ne signifie pas que le discriminant d’une courbe précise est cinq fois plus petit.

La figure interactive permet de faire varier l’échelle. Le vocabulaire des bornes asymptotiques est essentiel pour interpréter ce calcul.

L’idée et le raisonnement

L’argument passe par les formes modulaires et les courbes de Shimura. Le théorème principal contrôle la hauteur de Faltings par

h(E)Mφ(D)log,h(E)\ll M\varphi(D)\log\ell,

N=DMN=DM est une factorisation admissible : DD est sans facteur carré, possède un nombre pair de facteurs premiers et est premier à MM ; le premier \ell ne divise pas NN.

Le passage clé sépare les formes selon qu’elles partagent ou non une valeur propre de Hecke avec celle de la courbe. Pour celles qui diffèrent, le coût est de taille logarithmique en \ell. Celles qui coïncident coûtent davantage, mais une estimation de multiplicité limite leur nombre. C’est ce compromis entre coût individuel et nombre d’exceptions qui contrôle la somme. Voir le lemme 2.1 et la fin de la section 2.

Voir le raisonnement

Dans ce majorant, choisir D=1D=1 et M=NM=N laisse NlogN\log\ell. Le plus petit premier ne divisant pas NN vérifie logN\ell\ll\log N. Ainsi, log\log\ell est de l’ordre d’au plus loglogN\log\log N. C’est le mécanisme du corollaire 1.2 ; la difficulté est d’établir la borne sur la hauteur en amont.

Pourquoi un petit premier suffit

Voici le raisonnement élémentaire derrière le choix de \ell. Si \ell est le plus petit premier qui ne divise pas NN, tous les premiers p<p<\ell divisent NN. Comme ils sont distincts, leur produit divise NN. En prenant les logarithmes,

p<logplogN.\sum_{p<\ell}\log p\leq\log N.

Les estimations classiques de Chebyshev donnent une minoration de cette somme par une constante positive fois \ell, pour \ell suffisamment grand. On obtient donc logN\ell\ll\log N, en absorbant les petits cas dans la constante.

Cette étape explique comment convertir une borne en NlogN\log\ell en une borne en NloglogNN\log\log N. Elle ne fournit pas à elle seule la majoration de la hauteur : toute la partie modulaire de l’argument intervient en amont.

La distance qui reste

Une borne de forme logΔlogN\log\Delta\ll\log N placerait Δ\Delta à une échelle polynomiale. La nouvelle estimation ne franchit pas ce seuil. Comprendre un progrès consiste aussi à voir clairement ce qu’il laisse ouvert.

Exemple

Les trois formes logΔCNloglogN\log\Delta\leq C N\log\log N, logΔCN\log\Delta\leq C N et logΔClogN\log\Delta\leq C\log N donnent respectivement

Δ(logN)CN,ΔeCN,ΔNC.\Delta\leq(\log N)^{CN},\qquad \Delta\leq e^{CN},\qquad \Delta\leq N^C.

Les constantes CC peuvent être différentes selon les énoncés. Le passage au logarithme ne doit jamais être oublié : seule la troisième expression est polynomiale en NN.

Explorer le gain

Un logarithme de moins

On divise les deux fonctions de comparaison par N. L’axe horizontal indique log₁₀ N ; l’axe vertical est logarithmique.

Comparaison de log N et log log NN varie de 10 puissance 2 à 10 puissance 18. L’axe horizontal est log10 N ; l’axe vertical utilise une échelle logarithmique. Log N croît plus rapidement que log log N. 125102050 26101418
log N · ancien facteurlog log N · nouveau facteur
Valeurs des fonctions, sans constantes implicites
log Nlog log NRapport
13,822,635,26

Les logarithmes sont naturels. Le rapport concerne ces fonctions de comparaison ; les constantes implicites des théorèmes ne sont pas fixées à 1. Ce graphique ne prédit pas le discriminant d’une courbe donnée.

Revenir aux sources

  1. Improved bounds for Szpiro’s conjecture ↗Hector Pasten · arXiv:2609.17390v1Soumis le 15 septembre 2026 · Théorème 1.1, corollaires 1.2–1.3 ; sections 2–3

Note préparée avec assistance IA à partir des sources citées. Le périmètre de lecture est indiqué ci-dessus ; cette note ne constitue pas une validation indépendante de la démonstration. Notre méthode.

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